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INTERVIEWS

 

Erix a été bassiste du groupe MORSÜRE, qui défraya la chronique à son époque, tant il jouait rapidement. Il a accepté de répondre à une interview de sieur Shreut, réalisée le 14 novembre 2007.


- Bonjour Erix. Quand et comment le groupe Morsüre s'est-il formé ?
Morsüre s’est formé au Lycée d’Argenteuil en 1981. A l’époque Arnaud était à la guitare, Pascal au chant et moi-même à la basse. Ensuite, Franck a vite rejoint le groupe en 82 pour assurer la batterie. Aucun de nous n’avait la moindre expérience musicale. Nous avons donc emprunté une démarche assez Punk tout en plaquant nos références Métal par dessus. L’idée de base était de produire un métal hyper-speedé, très énergique, tout en y mettant pas mal de créativité et en évitant certains clichés des groupes de métal. La même année, Pascal est mort dans des conditions quelque peu tragiques. En 1984, Thierry a remplacé Arnaud (parti étudier en province) à la guitare avec même un second guitariste à l’époque, qui nous a finalement vite quittés. Tous deux avaient déjà plusieurs expériences de groupes de métal. Les principaux morceaux de l’album ont été conçus à ce moment là. Toujours en 1984, Thierry nous a fait rencontrer Didier, dont les influences musicales étaient fort différentes des nôtres, mais qui a tout de même été séduit par le projet et a décidé de prendre le rôle de chanteur, que j’avais assumé par intérim jusque là. Entre fin 84 et début 85 nous avons décidé de nous renforcer à la guitare et Loran (ex-Metal Gods) a remplacé Thierry à la suite d’un assez long casting. Loran a vraiment apporté ce que nous recherchions à la guitare.

- Quelles étaient vos influences ?
Pour résumer, disons un mix entre Motörhead et Discharge (groupe de hardcore anglais). Le tréma allemand (Umlaut) sur le « ü » de Morsüre est d’ailleurs une référence directe à Motörhead. Évidemment, nous apprécions aussi beaucoup les nouveaux groupes de Metal et de Thrash comme Slayer, Exodus, MegaDeath, Metallica et surtout Venom.

- Comment composiez-vous ?
Nous n’appliquions pas une méthode unique. Parfois nous partions d’un texte sur lequel nous posions des riffs, parfois le contraire. La plupart des morceaux ont été composés en répétition, en commun. L’objectif principal était de jouer un truc extrême, sans copier qui que ce soit, en allant aux limites des possibilités de jeu, au risque de se planter.

- Comment vous est venue l'idée d'adapter un texte de Baudelaire ?
Honnêtement, l’idée s’est imposée assez naturellement, sans trop y réfléchir. Si on devait absolument trouver des explications, à posteriori, disons que Baudelaire fait partie des poètes maudits et condamnés en leurs temps, car incompris par la plupart et reconnu par quelques uns. Disons aussi qu’il savait apporter des idées modernes tout en ayant des bases solides. Enfin son élégance naturelle lui permettait d’exprimer avec classe son incompréhension totale du monde dans lequel il vivait, ainsi que sa fragile humanité à travers la recherche d’expériences extrêmes. « Acceleration Process » participe modestement de cette démarche, à sa manière. Plusieurs des poèmes des « Fleurs du Mal » étaient candidats, « L’irrémédiable » s’est imposé par son format, qui se prêtait à la mise en musique, et dont les mots « résonnaient » bien Métal.

- Comment avez-vous été signé par Devil's ?
Notre manager a fait un beau boulot, il faut dire qu’il connaissait bien ce milieu. Toutefois, avant de signer chez Madrigal / Devil’s records nous avions envisagé d’autres possibilités, dont Mausoleum, je pense. Les types de Devil’s ont été très clean, tout s’est fait facilement une fois que nous étions tombés d’accord.

- Comment s'est déroulé l'enregistrement de l'album ?
Ca a été une expérience difficile et fabuleuse en même temps. Nous n’avions pas une assez grande habitude de l’enregistrement. Nous aurions dû pré-enregistrer l’album sur un 4-pistes avant d’aller en Studio, cela aurait évité des problèmes de mise en place. De plus, Franck venait de remplacer sa batterie acoustique par une batterie électronique. Son jeu était tellement rapide que nous avions besoin de pouvoir manipuler le son de batterie de façon bien le placer dans l’espace sonore et laisser de la place aux autres instruments. Le son de sa batterie électronique passait très bien en répétition. A l’inverse, çà a été un cauchemar pendant les sessions aux Studio Garage. Qui plus est, les ingénieurs du son en France n’avaient pas vraiment l’habitude du Thrash et il leur a fallu un peu de temps pour comprendre comment il convenait d’enregistrer ce nouveau style. Peut-être aurions nous du enregistrer en une seule prise et ajouter ensuite les parties de chants et les solos, de façon à préserver l’énergie du groupe ?
Nous avons beaucoup appris pendant ces sessions aux Studio Garage. Quitte à chagriner certains, profitons-en au passage pour casser un mythe : les bandes n’ont jamais été accélérées. Tous ceux qui nous ont vus jouer en réel savent que nous n’avions pas besoin de cela.

- Avez-vous donné des concerts ?
Nous avons très peu joué en concert. Je pense que c’est ce qui aurait dû arriver après l’album. Nous étions prêts, mais le groupe a splitté plus rapidement que prévu. Nous avons du jouer 1 fois ou 2 en public, avant l’enregistrement de l’album, notamment avec Heimat Loss un groupe de hardcore d’Argenteuil.

- Un second LP était-il prévu ?
Après la sortie du premier album, un fan aux USA nous a proposé de venir enregistrer à New-York. Nous n’avions ni l’argent pour un tel voyage, ni même des nouveaux morceaux prêts. Après le split, Loran et moi-même avons continué à écrire des morceaux pour Morsüre, en parallèle d’un autre projet plus Jazz-Rock (Obsession). Nous travaillions à ce moment essentiellement en home-studio, avec une boîte à rythmes programmée pour remplacer Franck (si tant est que cela fût possible). Après notre expérience de l’enregistrement d’Acceleration Process nous avions corrigé toutes les petites erreurs de jeunesse, ces nouveaux morceaux étaient vraiment bons et percutants. Ils étaient plus simples et plus efficaces que ceux du premier album, avec un bien meilleur son, une meilleure maîtrise, et toujours autant de créativité.

- Quand et pourquoi avez-vous splitté ?
Morsüre était un projet extrême et exigeant. Une certaine déception s’est créée après l’enregistrement du premier album notamment à cause du son de la batterie et aussi du chant. Je pense que certains n’avaient pas le courage de remettre cela ou avaient envie d’explorer d’autres voies musicales.
Franck et Didier sont partis pour créer un groupe plus classiquement Rock, avec synthés, etc.
Loran et moi avons continué avec Morsüre d’un côté et Obsession d’un autre, un groupe plus Jazz-Rock, plus musical (et plus commercial), jusqu’à ce que des ennuis d’argent obligent Loran à repartir en province.

- Tu n'étais pas au courant de la réédition de l'album (collaboration entre les labels américains NunSlaughter Records et HellHeadbangers Records), qu'en penses-tu ?
Je trouve que le boulot qui a été fait est excellent, c’est vraiment une belle surprise que j’ai découverte par hasard dans un forum sur le métal. Je suis naturellement peu porté sur mon propre passé, je ne conserve pas de photos de moi et je n’avais quasiment jamais réécouté cet album depuis 1985. Ca a été vraiment une expérience marrante de le réécouter 22 ans plus tard avec des oreilles neuves. Je trouve avec le recul qu’il aurait suffit de peu de chose pour que cet album soit vraiment énorme. Je trouve aussi que nous étions peut-être un peu trop en avance avec ce type de musique en 1985, çà passerait sûrement mieux maintenant. En même temps, je suis content de voir que la réédition provoque les mêmes réactions positives et négatives qu’à l’époque.

- Quelles étaient vos relations avec les autres groupes français de l'époque ?

Nous avions peu de relations avec les autres groupes français de cette époque, probablement car nous étions dans un style trop différent. Cela étant dit, nous avions tout de même de bonnes relations avec Demon Eyes, qui étaient dans le même coin que nous (et qui eux aussi ont adapté un texte de Beaudelaire) et avec Vulcain (pour leur authenticité et leur générosité à la Motörhead).


- Avez-vous eu des contacts à l'étranger ?
Morsüre a été un peu connu à l’étranger (notamment dans les pays Scandinaves, au Japon et aux Etats-Unis, etc.), mais nous n’avons pas vraiment eu beaucoup de contacts, mis à part avec les fans.

- Sais-tu ce que sont devenus les anciens membres du groupe ?
Je n’ai plus jamais revu Didier après le split. J’ai continué à voir Loran après son retour dans la région bordelaise, mais progressivement nous avons perdu le contact. En revanche, je suis toujours en contact avec Franck qui est un ami d’enfance.

- Joues-tu toujours de la musique ?
J’ai beaucoup joué après le split de Morsüre dans beaucoup de groupes aux styles différents (Métal, Jazz, Jazz-Rock, Fusion), ce qui était compatible avec mon statut d’étudiant de l’époque. J’ai totalement arrêté de jouer vers 1989, quand mes responsabilités professionnelles sont devenues vraiment trop prenantes. J’ai commencé à rejouer vers 2003, c’est dur de devoir réapprendre presque tout ce qu’on savait jouer. Je compte bien ne plus jamais arrêter et continuer à jouer dans tous les styles que j’aime, notamment la fusion Métal/Funk (genre Infectious Groove, le second groupe de Suicidal Tendencies, ou TM Stevens et autres).

- Au final que retires-tu de cette aventure ?
Morsüre a été une aventure courte mais intense. Nous avons créé ce dont nous avions envie, sans copier, sans chercher à plaire. Je comprends les réactions vives qui ont suivies l’album, je comprends aussi pourquoi, pour quelques uns, cet album est quasiment culte, même s’il n’est pas parfait. Jouer les morceaux de Morsüre procurait des sensations extrêmement jouissives. C’était un beau projet, avec des gens formidables dans le groupe et tout autour, et qui me laisse encore un petit goût d’inachevé (et sans amertume) au fond de la mémoire.

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