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INTERVIEWS

 

Il y a quelques temps, nous avons questionné Boule, qui s'occupait du fanzine "Metal Action".

Il est maintenant temps de se pencher sur le côté plus extrême du Métal français d'alors avec Seb, qui s'occupait dans le passé du fanzine Schizophrénia. Voici l'autre côté, les anecdotes et les projets d'un thrasheux passionné...

Interview réalisée par Shreut et Duby le 04 Mai 2010.



- Tu as fait partie du fanzine Schizophrenia, tu peux nous en dire un peu plus ?
Oui, il a duré de la rentrée 1991 à l'été 1993. Nous avons arrêté je ne sais même plus pourquoi mais la lassitude ne doit pas y être étrangère.
Faire un fanzine, cela prend du temps et demande aussi de l'argent. J'avais peu du premier, pas du tout du second.

- Vous étiez plusieurs ?
J'ai commencé seul. Lorsque j'ai monté Schizophrenia j'allais sur mes 14 ans. Je faisais les photocopies du fanzine au travail de ma mère.
Mes seules armes étaient les Decadry, ces lettres décalcomanie, la colle UHU et des ciseaux. Tout le reste c'est l'envie qui l'a fait.
Si j'ai pu débuter et avoir des contacts, c'est grâce à toute l'équipe de Metal Asso qui sévissait dans ma région. J'ai passé un coup de fil à Broussaille, il m'a invité à son émission radio "Surf n' slam" pour promouvoir mon premier numéro, qui n'était même pas encore sorti.
J'ai adhéré à l'association et Broussaille m'a refilé tous ses contacts, chez Roadrunner, Nuclear Blast, S.A Bucher et des tas d'autres labels.
Recevant mes premiers promos, j'ai commencé à avoir besoin d'aide. Après le numéro 2 j'ai été rejoint par Christophe Piazza qui a injecté l'argent qui faisait défaut au collégien que j'étais. A partir de là on a monté l'association Bloody Corpse et tout a vraiment démarré.
Sans Christophe je n'aurais pas passé ce cap.

- Combien d'exemplaires de Schizophrénia ont été vendus ?
Je pense que nous tirions environ 100 à 200 copies. Il en partait entre 100 et 150, sauf pour les 2 premiers, dont le tirage était confidentiel. Je peux presque nommer les gens que je soupçonne de l'avoir
encore héhéhé.

- Comment se passaient les rapports avec les autres fanzines ?
Très bien, on s'échangeait des copies, il y avait pas mal d'entraide, pas de jalousie ou de concurrence.

- Quand as-tu attrapé le virus du métal brutal ?
Tôt. Mon enfance durant, j'ai partagé la chambre avec mon frangin Christophe, qui écoutait Tokyo Blade, Iron Maiden, WASP ou Scorpions.
J'ai été forcé à écouter du métal très jeune. Ensuite lorsqu'il quittait la chambre, je passais moi même ses disques (et récoltais un savon quand il rentrait et s'en apercevait).
En 1989, je lui demande de m'acheter le "Headless Children" de WASP qui vient de sortir et il revient avec une copie vinyl du "South of heaven" de Slayer.
Encore une fois à cause (grâce, en fait !) de mon frère je change d'orientation musicale, contraint et forcé !
Mon premier concert avec un groupe thrash a lieu vers Juin 89 à l'Arsenal des galères à Marseille, un club qui s'appelle maintenant le Trolleybus.
J'étais venu voir Holy Graal, un groupe de mon village dont le guitariste était mon moniteur de centre aéré. Ce soir là il y avait Love n'fun, un groupe de glam, et Altar (les alsaciens, pas les hollandais). Je vois des mecs mosher et slammer avec des t-shirts Slayer, Nuclear Assault et Anthrax.
Ca m'impressionne...

- N'as-tu jamais eu envie de te retrouver un jour sur scène avec ton propre groupe ?
Je l'ai fait, à une seule occasion. J'avais un groupe de death/black metal dont personne ne se souvient et c'est tant mieux haha. Nous avons fait un concert à Vitrolles en 1994 en ouverture de Gorgon.

- Tu parles de la scène thrash/death de 1984 à 1993, pourquoi pas 1994, ça ferait 10 ans pile ?
1993 c'est l'année où j'arrête tout. A partir de ce moment là, je commence à écouter de moins en moins ce style de musique jusqu'à ne carrément plus en écouter du tout pendant quelques années. Voilà pourquoi. Je m'aperçois que de tous les albums que j'écoute régulièrement, très peu nombreux sont ceux sortis après 1993.
Ceci dit, continuant de fréquenter les concerts, je reçois parfois de bonnes baffes, comme 1980, un groupe vauclusien que je recommande chaudement.
J'écoute des albums actuels, heureusement, mais avant que j'y prête une oreille il faut vraiment que j'écoute un extrait qui me scie !

- Quels sont tes groupes français préférés dans ce style ?
La liste est sans fin. Au niveau des confirmés, je dirais le Agressor et le Massacra des deux premiers LP, le Loudblast des 3 premiers (avec un faible pour Sublime), Death Power, le "The Cube" de Supuration, qui tue ! Pour les groupes démos, Catacomb, que j'ai littéralement vénéré, Mestema, Shud, Nothingness, Burial Vault, Decomposed, Disabled, Mutilated, Cardiac Cease... et j'en passe.

- Que penses-tu des revues d'autrefois ?
J'adore ! Je relis souvent les miens. Je les dévore avec la même faim qu'en 87 ou 88 date à laquelle j'ai acheté régulièrement la presse.
En 1990 un hardos de mon village m'a cédé ses Enfer et Metal Attack, c'était comme un passage de témoin !
J'ai découvert ce qui existait avant, avant Metal Hammer, Hard-Rock Magazine, Hard Force. J'étais comme un fou, des articles sur Hellhammer, Mercyful Fate à leurs débuts...et ça venait de chez nous pour une fois !

- Ton zine préféré ?
Là aussi, dure question. J'aimais Decibels Storm; tramé, en anglais, couverture couleur : il faisait très pro. Mais j'aimais aussi les trucs mal agraphés, manuscrits, comme les premiers Necrobestiality (Bretagne) ou Metal Assault, dont les tombola m'ont fait gagné des trucs incroyables, des test pressings de Morbid Angel, Dismember...

- Regrettes-tu cette époque ?
On regrette toujours ce qui était bien, ça ne dure jamais assez. Mais c'était une époque particulière et révolue, il n'y aura plus jamais de trucs comme ça.
Il faut juste être heureux d'avoir été là. Nostalgique, oui, passéiste, non ! Il y a des gens qui continuent à faire des trucs dans cette veine old-school.
Je sais pas si utiliser la machine à écrire de 1960 de ta mère comme moi et continuer à découper les logos au ciseau à la main en 2010 a vraiment un sens. C'est comme conduire la machine à vapeur de Denis Papin pour aller faire tes courses. On n'avait pas le choix avant, on faisait pas ça parce que ça nous plaisait, on voulait faire comme les pros, avec des moyens d'amateurs.

- Que penses-tu de toutes ses reformations de groupes d'hier ?
Si la reformation d'un groupe est motivée par l'envie de jouer, de retrouver les fans comme c'est le cas pour Vulcain, alors je vote oui !
Si c'est pour taxer 10 roubles à des nostalgiques qui seront de toutes façons déçus, là par contre...

- Penses-tu qu'il puisse y avoir d'ici quelques temps un revival Death/Thrash français, comme il y a en ce moment avec le Métal français plus traditionnel ?
Ca n'est pas exclus. Je connais des personnes que cela démange fortement de remonter un groupe. Pour la plupart, je le redoute, ça restera une envie.


Ci-dessus tout CORONER avec 1 N° de SHIZOPHRENIA et 1 N° de METAL ASSAULT dans les mains (Toulon 25 Février 1992)

- Tes meilleurs souvenirs ?
Coroner, Toulon 1992. Une de mes premières interviews. Frank Arnaud me fait rentrer backstage pour faire l'interview du groupe. Je vois Ron Royce passer devant moi avec une cafetière à la main ! Ron Royce, merde ! Le mec que je vois dans les clips qui passent sur M6, en photo dans Metal Hammer.
Des rencontres, Shud, Mercyless, Hoax, Agressor en 1993 aux états du rock, Catacomb. Carcass en 1992 qui me signe mon CD, me fait une interview et me donne une baguette dédicacée. Je leur donne un exemplaire du zine et Wayne, leur road merchandise, m'écrit un mois après en me disant que les dessins les ont fait hurler de rire et il m'envoie gratos un dossard, un shirt, un patch et deux backstage passes de la tournée.
Les interviews que nous propose Pamela de Roadrunner, elle appelle chez moi "Tiens, je te passe Glenn Benton", "Tiens, je te passe John Tardy", "Tiens, je te passe Peter Steele", "Pestilence", "Biohazard"... Glenn Benton appelle chez moi, tout le death metal de l'époque m'appelle, putain !!! Et ma mère qui me dit de raccrocher pour finir mes devoirs derrière ! J'imagine la gueule de Benton ha ha ha !

- Tes pires ?
Avoir raté Samael à Toulon en 91. J'étais hospitalisé pendant 3 semaines. Ma mère m'amenait le courrier, je regardais le flyer que Decibels Storm m'avait envoyé d'un œil triste ! Idem pour le concert de Massacra et Loudblast/Cannibal Corpse, tous organisés à cette même époque et tous par Frank Arnaud. Fucking hell ! Du coup je n'ai jamais vu Massacra. Un groupe que j'adore...

- Je crois que tu as un projet. Peux-tu nous en parler ?

Je rédige un ouvrage sur la scène thrash/death française de 1984 à 1993. Non seulement sur les groupes établis, mais aussi sur les groupes qui n'ont fait que des démos. Le plus exhaustif possible sans tomber dans l'excès, il me faudrait 10 vies !
Le projet porte le titre provisoire de Bleu Blanc Rouge Sang. N'y voyez pas de manifestation outrancière de nationalisme, c'est juste un jeu de mot débile.


- Quand as-tu pris cette initiative ?
Il y a un an et demi de ça j'ai acheté une copie du très bon livre "Swedish death metal" de Daniel Ekeroth et en le refermant je me suis dit : "Wow ! C'est ça que je voulais faire". J'ai toujours eu cette envie de faire une sorte de bilan de mes années fanzine et de réactiver les souvenirs de cette période où la curiosité était le maitre mot. Pour être franc l'idée me trottait dans la tête depuis des années, mais la lecture du livre de Ekeroth m'a décidé à mettre le pied à l'étrier. J'ai dit : "il l'a fait, moi aussi !"... d'autant que j'ai baigné dans tout ça avec mon zine, je ne suis pas un thésard qui choisit un sujet de fin d'étude pour impressionner sa grand-mère...

- Que recherches-tu, au juste ?
Toute sorte de documents, audio, vidéo, bios, interviews. J'ai gardé très peu de zines de cette époque, j'ai balancé pas mal de choses et pas sur ebay, au feu, direct !
Sur 9 numéros, il me reste 3 exemplaires de mon propre zine ! En réactivant mes anciens canaux j'ai réussi à récupérer pas mal de choses.

- Y a t-il d'ores et déjà des musiciens de cette époque qui t'aident ?
Oui, j'ai retrouvé la trace de David (Death Power), Damien (Shud), Bruno (Nothingness) ou Gérard (Chapter Dark) qui se montrent plutôt collaboratifs. C'est toute la difficulté de cette tâche. Tu tombes parfois sur des gens qui n'ont plus envie de parler de tout ça, qui ont changé et qui renient, qui sont peu bavards ou dont les femmes en ont marre d'entendre parler des mêmes trucs depuis 25 ans. Ca se fera sans eux. Fort heureusement, ils sont une minorité.
Des personnes qui ont écrit des zines à l'époque où managé des groupes me racontent leurs souvenirs, je pense à Stéphane Girard, Laurent Ramadier, Isa Le Saux ou Ludo "Evil" Lejeune, Luc de Poulets Basquaise, David Béranger... des gens super sympas et importants qui sont intarissables sur une époque que je n'ai pas ou peu connue.
FMM aussi m'aide énormément en mettant en ligne des zines qui ont marqué le paysage death metal français. En retour, je scanne ce qu'il me reste pour le site.

- Tu veux faire un bouquin. Tu sembles très attaché au papier. Pourquoi ne pas te lancer dans un site Web ?

J'ai un site web, en construction, mais passant toute la journée sur un ordinateur au travail, je préfère m'en éloigner quand je peux. Et oui, je suis attaché au papier; j'aime déterrer un zine de ma bibliothèque et le lire tranquille dans mon coin !


- Si un visiteur veux t'aider et participer, comment te contacter ?
Il peut contacter le France Metal Museum qui fera suivre ou me contacter par mail ICI.

- Allez, a toi le dernier mot pour conclure.
Merci encore à FMM qui abat un boulot de malade ! Aux deathrashers, n'hésitez pas à me contacter si vous possédez des documents ! ONLY DEATH IS REAL !


 

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