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INTERVIEWS

 

Voici une interview de Renaud Hantson, qui fût le batteur de SATAN JOKERS (entre autres).

Interview réalisée le 22 Juillet 2006 par Gilles de Troy, webmaster du site Troyan Dream, et diffusée ici avec son aimable autorisation.



Quel regard portes-tu sur la carrière de SATAN JOKERS, puis sur la tienne ? Plutôt satisfait ou des regrets particuliers ?

Sur SATAN JOKERS, je pense qu’aujourd’hui on finit par rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire que les médias Hard spécialisés se rendent compte qu’on avait 15 ans d’avance et qu’on était un peu les précurseurs du prog métal, même s’il n’y avait pas de claviers, notamment par les parties sophistiquées que jouait le groupe et les aspects «gothiques» au sens SABBATH du terme.

J’ai un regard plus cynique sur les textes, certains étaient bien mais, quand on parlait un peu trop de conneries du style «Bienvenue au Sabbat» ou «En partance pour l’enfer»…


D’un autre coté, tout le monde le prenait au second degré
Oui, en tout cas je l’espère, mais j’ai un regard plus critique sur les textes, ceux de Pierre comme les miens ou ceux qu’on écrivait ensemble. Ceci dit, c’était un groupe à prendre au second degré, y compris dans les déclarations que je pouvais faire dans la presse. En revanche, c’était un groupe musicalement en avance, très fort au niveau technique.

Sur ma carrière personnelle, je peux dire que je reste l’éternel mec «en devenir», c’est-à-dire que je n’ai pas eu beaucoup de chance dans mes signatures au niveau des compagnies de disques. Ils étaient tous très heureux de signer Renaud HANTSON et pensaient faire un énorme carton, mais oubliaient que pour vendre, il faut faire de la promotion.

J’essaie de corriger cela aujourd’hui et c’est pour ça que je brille par mon absence et je ne suis pas convaincu par ce que j’entends ou ce que je vois à la télé et à la radio.

Je préfère être fier de l’album que je suis en train de préparer, et j’attends un moment où je pourrai avoir confiance dans l’équipe qui travaillera dessus, mais il faudrait pour cela que j’ai cette équipe et cela n’est pas le cas actuellement. Je n’ai pas les armes en ce moment pour lutter contre tout ce qu’on peut voir à la télévision, les «Star académies» et autres conneries dans le genre !

Il est incroyable que l’on fasse croire à des jeunes qu’ils peuvent avoir du talent en trois mois. Tout ce qu’on peut faire, c’est qu’ils soient connus en trois mois, mais ils peuvent aussi être méconnus en 15 jours, et, en leur faisant faire la merde qu’on leur fait faire très souvent dans les disques qu’ils sortent, ils vont très vite retourner à l’anonymat pour la plupart.

A l’heure qu’il est, la seule chose dont je puisse me targuer, c’est que ce que je fais ressemble à une carrière. En terme de management et de promotion je n’ai jamais été très épaulé, mais ceux qui m’aiment, m’aiment pour longtemps et je les en remercie.

Imposer un chant en français a-t-il été difficile à l’époque de SATAN JOKERS ?
À l’époque de SATAN JOKERS c’était, pour nous qui voulions essayer d’être originaux, une évidence. C’est aujourd’hui que ça me semble moins évident, parce que je ne vois pas très bien quoi dire, 25 ans après, sur du métal et je comprends aujourd’hui quelque part, les critiques que nous faisaient certains métalleux, en nous disant qu’il valait mieux chanter en anglais pour envisager une carrière internationale.

Je crois que c’est devenu très tendance aujourd’hui d’écouter du Metal français et d’être accroc des groupes des années 80.

C’est la connerie typiquement française, au moment où le groupe existe, on préfère le critiquer et lui dire «pourquoi vous chantez pas en anglais ?», et lorsque le groupe est mort et enterré on te dit «putain, vous étiez vachement en avance ! C’était génial !». On oublie de dire qu’à l’époque, c’était très difficile pour les groupes qui chantaient en français d’imposer leur marque. Au niveau du succès, il y a eu une seule exception avec TRUST, qui a été un très gros vendeur de Hard Rock français, au moins sur 2 albums en tout cas.

Ceux qui vendaient correctement marchaient presque mieux à l’étranger.
Oui, parfois. Mais il y a eu pas mal de mensonges aussi sur ce point. Il ne s’agissait pas de ventes mondiales comme U2.

A l’époque, on a presque été disque d’or avec le premier album toute ventes et tous pays confondus, et c’était déjà énorme. Aujourd’hui, quand un groupe de métal vend 5000 albums en France, il peut être heureux.

Les enregistrements faits en anglais ont-ils été un plus ?
Ces enregistrements ont été mis en bonus track sur les rééditions faites par Axe Killer en 99, mais n’ont jamais été utilisés convenablement par notre maison de disque de l’époque. Cela a été une de mes grosses déceptions par rapport à SATAN JOKERS, car j’aurais aimé aller à l’étranger pour nous confronter à des groupes anglo-saxons.

Tu rejoues «Pas de solution» dans le cadre de FURIOUS ZOO, penses-tu rejouer d’autres titres de SATAN JOKERS ?
Il est prévu qu’on fasse un jour ou l’autre «Les forces maléfiques» en intro de concert et, je pense, «Sorcier», mais ça s’arrêtera là.

Si tu pouvais changer quelque chose par rapport à cette époque, que changerais-tu ?
(rires) En revoyant les photos … le look.

Certaines conneries qui n’ont pas été comprises et qu’on a pu dire, même si je trouve que c’était plutôt drôle. J’insisterais plus lourdement pour qu’on soit travaillés sur des pays étrangers, je pense que le groupe avait toutes ses chances sur l’international et il est dommage que POLYGRAM n’ait pas su imposer un groupe de petits cons comme nous, d’autant qu’il y a eu après plein de clones qui ont bien marché, notamment des ricains.

C’est là qu’on voit le travail d’un service de promotion : c’est quand c’est difficile qu’il faut se battre, pas quand tout va bien. SATAN JOKERS n’était pas évident à promouvoir mais c’était faisable du fait même de sa complexité. Prends le cas de DREAM THEATER, c’est complexe et pourtant ça cartonne.

Que penses-tu de la logique du public français : plutôt has been et clodo que mener une carrière parallèle au métal ?
Je vais te donner une réponse qui peut sembler hautaine : ça ne me touche pas. J’ai deux casquettes et je me suis refusé pendant des années à refaire du Hard Rock, ce qui était une énorme connerie de ma part, parce que je faisais partie du show biz et que je connais toute les pointures qu’on voit à longueur de temps dans le poste, que certains sont des amis et que j’ai fait des chansons pop pendant 7 albums qui me plaisent et sur lesquels je ne renie rien du tout.

Je me suis donc interdit de vivre une autre passion qui est de jouer de la batterie et de chanter d’une façon un peu plus violente que sur mes disques solo.

Quant à l’intelligentsia journalistique ou une certaine frange du public, qui a du mal à accepter qu’un mec qui vient du métal puisse avoir un peu de succès autrement et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le seul en France dans ce cas (ndr : alors que cela ne choque personne dans la plupart des autres pays), à cela près que j’ai quelques camarades de jeu qui vivent également de leurs passions : Bernie BONVOISIN est réalisateur de film, un bon réalisateur d’ailleurs avec des dialogues à mourir et, dans ce cadre, il devient en quelque sorte quelqu’un d’autre, ce qui est très bien, Michel AYME ex-bassiste de WARNING (qui avait joué de la guitare sur le 1er FURIOSO) accompagne Yannick NOAH et CALOGERO, donc si tu veux on est quand même quelques uns à avoir pu vivre décemment de notre art et garder notre passion. Personnellement, j’aime autant les blondes que les brunes et si j’avais dû ne me taper que des brunes dans ma vie je me serais emmerdé. Tout ce que j’ai envie de répondre à un mec qui me sort «tu viens du métal et tu ne dois pas faire autre chose que du métal» c’est Fuck Off, son attitude ne me touche même pas !

Je suis juste énervé quand je vois que les interviews et les chroniques sur FURIOSO III tardent à arriver dans la presse spécialisée, comme si on me faisait payer ma carrière pop en considérant que de toute façon je n’ai plus à avoir de projet hard, je n’ai rien «trahi», c’est de la connerie pure cette attitude.

Avec FURIOUS ZOO, on ne révolutionne rien, mais ce qu’on fait on le fait bien, la révolution je l’ai faite il y a 20 ans avec SATAN JOKERS et ça ne m’a rapporté rien d’autre que des quolibets, des critiques sur le premier album de la part de journalistes, qui ensuite sont devenus des «fans». Le pire c’est que plus on nous encensait dans la presse moins on vendait, plus on nous critiquait plus on vendait !

L’apport médiatique qu’a (ou que pense avoir) un journaleux, je m’en branle. Tout ce que je lui demande, c’est d’être honnête, de faire une interview de moi, voir si j’ai des couilles, si j’ai une véritable culture rock et si j’ai le niveau de mes ambitions. Pour cela, il n’a qu’à venir aux concerts et qu’il retranscrive ce qu’il ressent. J’attends avec impatience les nouvelles chroniques car je pense qu’on a fait un bon disque et je me demande ce qui va être inventé comme conneries pour me faire payer d’avoir fait 15 ans de chansons pop. Je suis toujours considéré comme l’éternel voyou qui vient du rock pour le monde de la Variété et le mec qui a fait de la Pop pour le monde du Métal, ce que les metalleux oublient, c’est que je viens du métal et que ce n’est pas un retour, car je n’ai jamais cessé d’écouter du hard rock, c’est juste que je n’avais plus envie d’en faire.

Pour revenir sur SATAN JOKERS, la pochette des fils du métal pourrait figurer au top 10 des visuels hard les plus moches, un tel mauvais goût était il voulu ?
L’idée était de nous, mais la réalisation finale ne correspondait pas du tout à l’effet initialement recherché. Le concept de la photo initiale devait être très travaillé et à gauche et à droite de la rue on devait voir des putes (en fait nos copines déguisées) et l’ensemble représentait un groupe de Hard ouvrant une bouteille de champagne à la sortie d’un bordel. La photo, en plus de sa mauvaise qualité technique, a été recadrée différemment et ne correspondait plus du tout au délire original. Cela a d’ailleurs desservi pas mal le groupe car ceux qui ne nous avaient pas vus en live se demandaient qui étaient ces mecs avec un look de tarlouzes !

Puisque tu portes une double casquette de batteur et chanteur, tu es condamné a répondre 2 fois à la traditionnelle question : quelles sont tes principales influences ?
En tant que batteur, bien sûr Simon PHILLIPS qui joue avec Toto et avait joué également sur l’album «Sin after sin» de JUDAS PRIEST et sur le premier Michael SCHENKER, et que j’ai pu avoir pour mon album solo «Seulement humain» en 97, ce dont je suis très fier, John BONHAM et Ian PAICE pour les 3 principaux.

En tant que chanteur, Glenn HUGHES, David COVERDALE, Steve MARRIOTT (HUMBLE PIE), Ian GILLAN et Robert HALFORD. Il y en a évidemment plein d’autres mais ce sont eux qui m’ont vraiment influencé.

T’estimes-tu plutôt nostalgique dans tes goûts ou es-tu en perpétuelle recherche de nouveaux groupes ?
Je pense que tout a déjà plus ou moins été fait, ce qui se passe maintenant m’amuse plus que cela ne m’impressionne. Ca me réjouis tout en m’amusant de voir des groupes persuadés d’être originaux, alors qu’ils refont ce qui existait il y a 25 ans. Il n’y a pas grand chose qui me chauffe vraiment… si ! J’aime bien ILL NINO, des groupes comme ça, j’aime certains trucs actuels mais pas dans un type précis.

Tu donnes des cours de batterie et de chant, que t’apporte l’enseignement ?
C’est le complément de ma vie et j’ai l’impression, non pas de me dédouaner de tout le mal que j’ai fait à mon corps parfois, mais, vis a vis d’une certaine spiritualité, j’ai la sensation que si je peux éviter des conneries à certains, leur apprendre plus délicatement que de faux professeurs… je vais à l’essentiel. Mon parcours, autant dans les excès que dans la vie musicale, m’a amené à aller à l’essentiel des choses, donc j’espère qu’ils apprennent plus vite avec moi. Ce n’est pas mon but de les garder 50 ans en cours, si certains restent tant mieux, cela devient de l’amitié, mais mon intérêt est qu’ils puissent voler de leurs propres ailes. J’ai perdu beaucoup de temps dans ma vie à faire des conneries et si je peux éviter cela aux autres tant mieux.

Si tu prends certaines émissions de «télé réalité», j’estime qu’avec un vrai coach, les élèves devraient faire d’énormes progrès, mais tu te rends compte que leurs seuls progrès sont dus au rapide travail effectué sur les chansons choisies pour les prime-time.

Si tu devais retenir un groupe de hard français, lequel prendrais-tu ?
J’aime beaucoup Christian AUGUSTIN, donc je retiendrais SORTILEGE. Je crois que c’était peut-être le plus proche de l’état d’esprit de SATAN JOKERS, sans notre arrogance. C’est eux qui étaient dans le vrai avec leur coté «heroic fantasy», sur lequel je n’avais pas percuté à l’époque, parce que je ne trouvais pas qu’ils étaient d’excellents musiciens, en dehors de Christian, qui était brillant et était un peu le chanteur que j’aurais voulu avoir.

Je dirais donc SORTILEGE, mais je dois en premier lieu citer TRUST, qui a marqué les esprits. C’est quand même la chanson «L’élite» qui m’a donné envie de faire du hard rock en français.

Si tu avais tout pouvoir pour monter le groupe idéal, qui prendrais-tu ?
(Rires) Moi au chant !!!

Je ferais en sorte que Laurent BERNAT de SATAN JOKERS ne soit pas mort et le ferais revenir à la basse…, s’il veut rester mort (!!!), en son absence je choisirais Billy SHEEHAN.

Jimi HENDRIX à la guitare pour voir s’il serait toujours autant en avance qu’à l’époque et John BONHAM à la batterie, parce qu’il avait tout compris… Merde ! Ça fait trois morts sur cinq dans le groupe !!!

En te remerciant, je te laisse conclure
Le Hard Rock est un genre musical, pas une mode. Tout comme la musique classique est un genre. Il est donc appelé à rester tant que des gens y croiront et le soutiendront. Croyez en ce que vous faites, mais restez ouverts car la diversité fait la force de la musique.


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